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La maison-musée de Ban Kao Lao Rueng

L’arrivée du métro à Chinatown et la réhabilitation du quartier ont poussé les membres d’une communauté de la rue Chaoren Krung à créer un musée revenant sur l’histoire des lieux. Le musée Ban Kao Lao Rueng se cache au fond d’une ruelle dont les habitants se relaient pour assurer les visites. L’entrée est libre mais les dons sont acceptés car l’objectif est surtout de garder intacte une histoire communautaire qui s’oublie au fil des ans.
Anciennement mal famé, rongé par la prostitution et l’opium, le quartier voit arriver sous le règne de Rama IV des immigrés chinois fuyant misère et famine. La communauté Charoen Chaï, venue du Sud et parlant le dialecte teochew, s’installe alors dans ce qui n’est pas encore Chinatown. Peu à peu, la construction de sanctuaires chinois et le commerce améliorent la réputation du quartier et poussent la communauté à se spécialiser dans la vente d’offrandes à brûler. Encore aujourd’hui, vous y trouvez des enveloppes rouges et or pour le Nouvel An lunaire, les drapeaux jaunes utilisés lors du festival végétarien d’automne, et toute sorte d’offrandes en papier destinés à être brulés lors de funérailles. C’est au milieu de ces étals aux couleurs vives que se tient le musée Ban Kao Lao Rueng – littéralement « la maison où l’on rencontre l’Histoire ».
Après avoir monté un petit escalier exigu vous accédez à l’unique pièce du musée. Les murs flétris, les objets qui sentent la poussière, les lattes de bois qui craquent sous les pieds, l’absence de plafond laissant entrevoir l’ossature du toit... Vous êtes loin des musées modernes. Certaines pièces exposées sont des objets d’une grande banalité malgré leur ancienneté : un vieux téléphone, des livres de poche, des affiches ou encore une étonnante collection de boîtes d’allumettes. Mais le musée renferme aussi des pièces dont la beauté n’a d’égale que leur rareté. Elles ont pour la plupart un lien avec l’opéra traditionnel chinois. Deux splendides mannequins de taille humaine accrochent le regard tant leurs costumes traditionnels sont colorés. Les deux pièces maîtresses de l’exposition sont deux véritables robes d’opéra chinois, cousues et décorées à la main il y a 60 ans. Elles définissent deux des différents types de personnages récurrents de l’opéra : la jeune mariée en rouge et la figure impériale en jaune. Tout comme les masques, les autres tenues, les accessoires et les tables de maquillage exposés, ces costumes ont servi pour des dizaines de représentations et ont été offerts par les anciens résidents des lieux.
Dans cette grande pièce décrépie, cinq familles vivaient du « Naxi », cette forme de théâtre du Sud spécifique aux fêtes traditionnelles du calendrier chinois. Ces pièces à caractère religieux étaient jouées à proximité des temples, dans le but d'attirer la protection des dieux. Il y a cinquante ans, Bangkok possédait cinq opéras permanents. Aujourd’hui, il n’en reste plus un seul : les longues et coûteuses représentations, qui s’étalaient généralement sur trois jours, ont laissé place aux projections sur grand écran. La plupart des troupes ont disparu ou sont devenues itinérantes, notamment dans le sud de la Thaïlande où les traditions ont la peau dure ; mais le métier a globalement souffert de la modernité. Les jeunes générations s’intéressent moins à cet art suranné, qui a tendance à disparaître. D’où l’intérêt, entre autres, du musée Ban Kao Lao, moins un véritable musée qu’une « maison où l’on rencontre l’histoire ».

Ban Kao Lao Rueng, Chaoren Krung Soi 23
Ouvert tous les jours de 9h à 16h.
Station MRT Hua Lamphong, sortie Yaowarat Chinatown.

Source : www.gavroche-thailande.com